Après la visite des jardins et canaux de Xochimilco, direction le Zócalo de México. L’immense place centrale, cœur de l’histoire et du pouvoir dans la ville, a été construite sur
l’emplacement de l’ancien Temple Majeur de Tenochtitlan, que Cortés avait préféré rasé.
Lors de notre passage, nous avons pu être témoins de l’énorme affluence générée par l’exposition « Ashes and Snow » dans le Musée Nomade du canadien Grégory Colbert,
installé au centre de la place. Les milliers de visiteurs en attente de découvrir cette exposition très médiatisée formaient une file sans fin, comme un colimaçon géant.
La cathédrale métropolitaine est un exemple de monument en péril. Son inclinaison est due à sa construction sur la zone marécageuse, instable, de l’ancienne île ou se sont
installés les mexicas.
Le Palais National est le siège du pouvoir exécutif fédéral: le président de la république et ses ministres y ont leurs bureaux. Il fut construit en 1563 après la conquête
espagnole, comme l’atteste son architecture. Le but de cette visite était de découvrir les fresques réalisées entre 1929 et 1951 par le muraliste Diego Rivera (1886-1957). Elles se trouvent dans
la galerie qui surplombe le patio et sa fontaine de plus de 300 ans.
Les fresques de Diego Rivera sont de véritables classes d’histoire pour tous. Le caractère pédagogique de ces œuvres, avec la subjectivité de l’artiste, militant communiste, est
d’ailleurs aussi important que leur esthétique. Sur un espace réduit, la prouesse fut de réunir de nombreux éléments présentant l’histoire du pays, de l’apogée des civilisations précolombiennes à
la Révolution, en passant par la conquête espagnole et la lutte pour l’indépendance.
Cette fresque illustre la vie traditionnelle des indiens. En haut, la chasse apporte une part importante de l’alimentation, on trouve de l’or dans les cours d’eau et des oiseaux se
trouvent dans des cages car ils sont appréciés pour leur chant. En bas et à droite, l’art et l’artisanat sont représentés par le travail de la céramique, l’orfèvrerie, la poterie ou encore la
peinture et le dessin. A gauche, les chefs sont parés de vêtements colorés et de riches bijoux et coiffures de plumes, alors qu’un prêtre revêt une peau de jaguar.

Ce second « mural » représente l’arrivée de Cortés au Mexique et les premiers contacts avec les indiens. Dans le coin supérieur gauche, les bateaux espagnols sont ancrés
dans une baie ou ils ont commencé la fondation de la ville de Veracruz. Juste en dessous, les premiers indiens sont convertis au christianisme. Dans le coin supérieur droit, des indiens sont
réduits a l’esclavage, pour réaliser de grands travaux auxquels ils n’étaient pas habitués: abattage massif d’arbres, exploitation de mines pour trouver du métal ou utilisation de la charrue. La
brutalité des espagnols est aussi illustrée par le marquage au fer rouge d’un indien entravé (dans le coin inférieur droit), ou encore la pendaison des indiens qui se sont rebellés (au centre en
haut). En bas, Hernán Cortés est en train de discuter avec un chef indien qui s’est soumis aux espagnols et qui a adopté une partie de leurs habitudes vestimentaires (même s’il a gardé ses
chausses traditionnelles). Son teint pâle représente les ravages réalisés par certaines maladies apportées par les conquistadors, pour lesquelles les indiens n’avaient pas de défense
immunitaires. Enfin, dans le coin inférieur droit, on voit l’arrivée de certains animaux alors inconnus: âne, porc, mouton, cheval, vache…
Mais la fresque la plus impressionnante (276 m² !!), racontant l’épopée du peuple mexicain, se trouve dans l’escalier d’honneur, ou il est strictement interdit de la
photographier. Plus d’une centaine de personnage s’y côtoient: l’empereur aztèque Moctezuma Xocoyotzin, son successeur Cuauhtemoc (qui accéda au pouvoir en 1520, un an avant la prise de
Tenochtitlan par les espagnols et leurs alliés), le conquistador Hernán Cortés (1485-1547), le « Père de l’indépendance » Miguel Hidalgo (1753-1811), le héros de la guerre
d’indépendance José Maria Morelos (1765-1815), l’homme politique et militaire Porfirio Diaz (1830-1915), l’homme politique Francisco I. Madero (1873-1813), les fameux révolutionnaires Emiliano
Zapata (1879-1919) et Francisco Villa (1878-1923), ou encore Karl Marx (1818-1883), pointant du doigt la direction du progrès social et même l’ épouse de l’artiste, Frida Kahlo
(1807-1945), artiste peintre la plus célèbre du Mexique.
Des conquistadors espagnols avec leurs armures invincibles soumettent des indiens sans défense, des ouvriers brandissent des pancartes « Terre et Liberté » avec Emiliano
Zapata: les uns à coté des autres, tous ces personnages se retrouvent dans la synthèse de l’idéologie sociale, politique et culturelle de Rivera.
En sortant du Palacio Nacional, on regretterait finalement de ne pas pouvoir rester plus longtemps, avec les explications d’un passionné d’art et d’histoire.